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lundi 7 mai 2018

Double Top 5 : Free Comic Book Day 2018

Je vous entends déjà grogner : "Double Top 5 ? C'est un Top 10 en fait ! Remboursez !". Peut-être que vous avez raison. Peut-être que j'avais juste la flemme de créer une nouvelle rubrique... Peut-être aussi que le FCBD est pour moi le Jour de la Générosité et qu'au nom de cette valeur, j'ai décidé de doubler le Top 5. Peut-aussi qu'il y avait tellement de bons titres dans ma pêche de ce FCBD qu'il me fallait plus de place pour en parler... et que j'ai autre chose à faire que vous expliquer le pourquoi du comment dans une introduction qui commence réellement à être trop longue.
Enchaînons donc dans la joie et la bonne humeur sur mes 10 lectures préférées à la fin de ce Free Comic Book Day 2018. Sur un total de 22 trouvailles, il a fallu faire un choix.



#10 - Amazing Spider-Man (VO - Marvel Comics)


Qu'est ce que c'est les histoires ? Spidey qui se fightent avec des vilains de seconde zone alors que Peter cherche un nouvel appartement avec Randy Robertson.

Pourquoi on aime ? J'ai adoré le run de Dan Slott qui a propulsé l'ami Parker dans une spirale de réussite. Cependant, il me tardait que la série revienne à son status quo de départ - sous la houlette de Bick Spencer - avec un Peter fauché qui galère à assumer les deux aspects de sa vie. En plus, on a un aperçu d'un nouveau rôle pour Le Caïd et j'avoue que ça m'intrigue beaucoup.

Une note ? Curiosité / 20

#9  Doctor Who (VO - Titan Comics)


Qu'est ce que c'est les histoires ? Trois petites histoires mettant en scène pas moins de 4 Docteurs (le 10ème, le 12ème, le 11ème et le 7ème) et qui nous teasent certains événements à venir.

Pourquoi on aime ? Parce que Doctor Who... Titan Comics a réussi à donner un ton clair à chaque série et à chaque Docteur, alors voir débarquer le 7ème Docteur et Ace ne peut que faire saliver le Whovian que je suis.

Une note ? Courte apparition du 13ème Docteur / 20

#8 - Magnus (VF - Paperback)


Qu'est ce que les histoires ? Dans le futur, une psy pour robots doit infiltrer le Cloud pour trouver une machine assassine.

Pourquoi on aime ? Parce que dans le futur, une psy pour robots doit infiltrer le Cloud pour trouver une machine assassine ! Vous suivez un peu ?

Une note ? Blade Runner / 20

#7 - 2000 A.D (VO)


Qu'est ce que c'est les histoires ? 4 histoires et un mini-jeu par la fine fleur du légendaire magazine britannique.

Pourquoi on aime ? Parce que l'aventure du Cadet Dredd (un jeune Judge Dredd qui fait encore ses classes) est très drôle. Parce que Strontium Dogs (des chasseurs de primes mercenaires du futur) est super cool. Parce que Future Shock est à se tordre de rire... tout en étant pas très rassuré.

Une note ? Fluide Glacial peut aller se rhabiller / 20 

#6 : Maxwell's Demons (VO - Vault)



Qu'est ce que c'est les histoires ? Maxwell un petit garçon génial s'échappe de la maison familiale et des reproches de son père pour parcourir le cosmos aux côtés de ses fidèles jouets.

Pourquoi on aime ? On retombe en enfance mais avec un côté sombre et triste.

Une note ? C'est pas la peine d'en rajouter / 20

#5 : Avengers / Captain America (VO - Marvel Comics) 



Qu'est ce que c'est les histoires ? Black Panther rencontre Odin qui lui raconte l'histoire des Avengers de la Préhistoire et lui annonce qu'une nouvelle menace va pointer le bout de son nez. De son côté, Captain America fait face aux conséquences de Secret Empire sur le monde alors qu'une nouvelle menace se profile à l'horizon.

Pourquoi on aime ? Parce que comme pour Amazing Spider-Man, la preview éveille ma curiosité.

Une note ? Nouvelle(s) Menace(s) / 20

#4 : B.E.K, Elfquest, Babyteeth et Jimmy's Bastards (VF - Snorgleux Comics) 



Qu'est ce que c'est les histoires ? Deux mini histoires dans les univers de Black Eyed Kids et de Elfquest. Egalement deux préviews plus qu'alléchantes avec Jimmy's Bastards - où quand Garth Ennis nous raconte SON James Bond - et Babyteeth où une jeune fille donne naissance à l'Antéchrist.

Une note ? Les Marseillails au FCBD / 20

#3 : Shadow Roads ( VO - Oni Press)



Qu'est ce que c'est les histoires ? Des esprits maléfiques utilisent les carrefours entre notre monde et le leur pour semer le chaos sur Terre. Une équipe de héros se forme pour se mettre en travers de leur chemin.

Pourquoi on aime ? Cullen Bunn et Brian Hurtt récidivent après The Sixth Gun. Le mélange western, Angleterre Victorienne, menace surnaturelle fonctionne à merveille.

Une note ? Penny Dreadful / 20

#2 : L'histoire de l'univers Valiant (VF - Bliss Comics)



Qu'est ce que c'est les histoires ? En l'an 4002, le Guerrier Eternel raconte à Rai et à une Géomancienne l'histoire de l'univers Valiant, de l'Antiquité, à l'apparition des Psiotiques.

Pourquoi on aime ? Parce que plus j'en apprend sur cet univers, plus j'ai envie d'acheter tout ce qui le concerne.

Une note ? Stéphane Bern du Futur / 20

#1 : L'Histoire De Negan (VF - Delcourt Comics)



Qu'est ce que c'est les histoires ? Le tueur de zombies le plus classe de ce côté-ci de l'Apocalypse se remémore qui il était avant le début de l'épidémie et comment il est devenu le leader charismatique des Sauveurs.

Pourquoi on aime ? Parce que c'était bien la peine de nous créer un personnage aussi badass et de ne rien nous dévoiler de ses origines. L'erreur est maintenant réparée.

Une note ? Negan, Amour et Rock n'Roll / 20 

Voilà, c'est tout pour le FCBD de cette année, faire ce Top n'aura pas été facile tant il me coûte de laisser certains titres de côté. Toutefois, n'hésitez pas à me dire ce que vous avez récupéré et ce que vous en avez pensé.

vendredi 24 novembre 2017

Review : Fondu au Noir (Delcourt)

Ed Brubaker et Sean Phillips... Un duo dont les habitués du blog doivent se souvenir tant le fruit de leurs multiples collaborations a été traité, disséqué, analysé et porté aux nues de mes reviews. De Incognito à Fatale en passant par Criminal, la paire d'as a su à chaque fois confirmer son talent tout en se réinventant au sein du microcosme du comics à références 50's et 60's. Une touche de Pulp par ci, un soupçon de roman noir par là, chaque nouvel opus atterrit immanquablement sur ma wishlist.



Comme vous pourriez vous en douter, Fondu au Noir (The Fade Out en VO) nous plonge dans le monde du cinéma. Starlettes, paillettes et apparences trompeuses sont donc au menu du récit qui nous est proposé ici. Le Hollywood de 1948 et ses studios tentaculaires deviennent alors le cadre d'une sinistre histoire de meurtre dont peu de protagonistes sortiront indemnes.



Tout commence quand Charlie Parish, scénariste incapable d'écrire depuis son retour de la seconde guerre mondiale et servant de prête-nom à un de ses collègues blacklisté pour ses accointances communistes, se réveille dans une baignoire. Il ne se souviendra pas des détails de la soirée de la veille mais la découverte du cadavre d'une actrice étranglée dans la pièce voisine l'obligera bien vite à essayer de reconstituer les pièces du puzzle de cette nuit fatale.



Fondu au Noir prend donc place au sein d'un âge d'or se précipitant vers sa fin avec tout ce que cette dernière implique de décadence et de violence. C'est un film noir prenant place précisément là où le film noir est né. Relecture moderne et dessinée du Sunset Boulevard de Billy Wilder (film de 1950 qui a inspiré David Lynch sur Mulholland Drive, excusez du peu), la série nous balance tous les clichés du genre dans une oeuvre labyrinthique. La starlette au passé trouble, le scénariste alcoolique, l'acteur homme à femmes, les pontes des studios qui Weinsteinisent bien avant l'heure du #BalanceTonPorc...



J'aime les clichés. Les clichés sont comme autant d'amis qui nous rassurent, nous rappellent qui nous sommes et où nous nous trouvons. Ed Brubaker sait jouer de ces clichés et peint avec finesse une histoire dans laquelle le lecteur se plonge comme dans un bon roman de gare. Ici les films fictifs et personnages inventés croisent la route de la vraie vie à l'occasion d'une conversation ou d'une rencontre avec Clark Gable ou Dashiell Hammett.



C'est donc dans un univers connu que le scénariste nous balance ses personnages. Brodski, le chef de la sécurité du studio qui fait taire les scandales à coups de poing américain dans les dents. Dottie, la secrétaire à lunettes qui connait tout le monde et garde leurs secrets. Gil, le scénariste artiste balancé comme communiste au FBI et qui trouve une inspiration destructrice au fond d'une bouteille d'alcool ou dans la salle de jeux d'un tripot. Autant de visages auxquels les crayons de Sean Phillips donnent vie... même dans la rigidité de l'oeil d'un cadavre.



Toutefois, arrêtons nous sur Charlie. Protagoniste d'une intrigue dont personne ne veut qu'il soit le héros, il rejoint les rangs de tous les anti-héros Brubakeriens. Désabusé, brisé par les horreurs de la guerre, il cherche maladroitement à faire briller la lumière de la vérité dans le monde des salles obscures. Son enquête le mènera d'ailleurs au fond du trou au propre comme au figuré, à la poursuite d'un fantôme dans un enfer crépitant du flash des appareils photos au garde à vous sur le bord des tapis rouges.



Que dire de planches de Sean Phillips ? Elles sont tout simplement somptueuses. Il nous offre un Hollywood aussi sale et glauque que les âmes damnés qui y règnent alors que les innocents errent en quête de célébrités. Plus d'une fois, on s'aperçoit que les seuls "beaux" moments sont ceux apparaissant sur les écrans. Mensonges et réalité s'inversent donc dans une valse aux accents poisseux. Un effet de mise en scène qui culmine dans une conclusion à la fois peu surprenante mais terriblement réaliste. L'innocence est morte et on célèbre les faux semblants.



Lecture destinée à un public adulte, Fondu au Noir démontre encore une fois le talent d'Ed Brubaker. Un must pour les fans de comics inhabituels, de cinéma noir et blanc et d'histoires aussi noires que la nuit. Un conte sombre qui sent le tabac froid et le whisky bon marché.

 

dimanche 23 juillet 2017

Retro-Review : Gen13 (Image Comics)

NDLR : Les séries bootlegs et autres mini-séries étant trop nombreuses, la review que vous vous apprêtez à lire se concentre sur les 30 numéros de la Version Intrégrale Gen13 publiée par Semic à partir de février 1996.


Les 90's !!!! L'époque où MTV définissait le bon goût d'une génération entière de jeunes américains. C'est également lors de cette décennie qu'un vent de nouveautés souffla sur le monde des comics. En 1992, huit dessinateurs d'exception (parmi lesquels Todd McFarlane et Jim Lee) claquèrent la porte de chez Marvel pour des raisons de droits financiers et fondèrent Image Comics. Là, ils purent se permettre de créer à leur guise tout un nouvel univers pour le meilleur (Spawn) comme pour le pire (Cyberforce) avec beaucoup de moyen (WildC.A.T.S, Savage Dragon...).

90's chez Image : Big boobs and big guns !

Si beaucoup de ces séries tendaient à s'inspirer des idées et des personnages de chez Marvel et DC, il y en a eu une qui m'avait marqué plus que les autres : Gen13. L'histoire d'une bande d'ados gen-actifs (car on ne peut pas dire "mutants") qui s'échappent d'un complexe gouvernemental et décident de mettre leurs pouvoirs au service du Bien tout en continuant à fuir et à tenter de renouer avec leur passé.


L'équipe se compose de Caitlin Fairchild, jeune femme à l'esprit et à la carrure impressionnante qui sert d'âme et de leader à la petite troupe. Grunge est capable d'absorber les propriétés physiques de tout ce qu'il touche et Dieu sait que le jeune homme est pour le moins "tactile". Sarah Rainmaker, l'indienne, contrôle la météo aussi bien Roxy "Freefall" Spaulding manipule la gravité. Quant à Bobby "Burnout" Lane, ses pouvoirs sur le plasma font de lui une torche humaine qui dénote avec ses habitudes plutôt calmes.


Les cinq adolescents trouveront une figure de mentor en John Lynch, un ancien soldat mercenaire qui les aide à échapper aux griffes des I.O (International Operations), l'agence gouvernementale responsable de leur misère. D'ailleurs, c'est là l'un des rares points noirs de la série : son ancrage au sein de l'univers Wildstorm développé par Jim Lee la rend assez difficile d'accès dans les premiers numéros. Entre conspiration gouvernementale, termes pseudo-scientifiques et références à des événements non-publiés à l'époque par Semic (comme un crossover "Fire from Heaven" publié sans checklist), il est très difficile d'apprécier la mise en place de l'histoire.


Heureusement cela se calme bien vite et Gen13 devient peu à peu une série super-héroïque "classique" dans ses intrigues. Invasion inter-dimensionnelle, techno-terroristes, versions maléfiques de leur équipe (les excellents DV8 dont je finirai par parler un jour) et voyages dans le temps et l'espace seront le quotidien de nos héros adolescents. D'ailleurs, il est sans doute à déplorer que certaines intrigues tombent à l'eau de par la prolifération des scénaristes sur le série. Un exemple parmi tant d'autres : Arrivés sur un campus universitaire où des jeunes femmes disparaissent, les Gen13 quitteront les bancs de la fac après un combat contre un gorille géant mais sans jamais révéler l'identité du kidnappeur... qui sévit encore peut-être ?
 
Ho et un épisode super méta où Grunge rentre dans les comics qu'il lit
Alors pourquoi des guillemets sur "classique" ?  Parce que si le fond est le même, la forme change drastiquement. Comme dit plus haut les Gen13 sont des ados... et qui plus est, des ados des 90's. Titillés par leurs hormones, les jeunes gen-actifs sont très portés sur les choses de la vie. Fairchild s'amourache de Lynch, Roxy se pâme devant un Grunge qui se pâme lui-même sur toutes les filles qui passe dans son champ de vision. Bobby se consume d'amour pour Sarah qui - bien que capable de commander aux vents - avoue rapidement être "à voile et à vapeur". Cette ambiance résolument "sexy" se retrouve dans les tenues des divers personnages féminins (même Ivana Baïul, la grande méchante directrice des I.O arbore une tenue de domina SM) qui ont tendance à se déchirer au cours des combats... quand un méchant lubrique ne manipule pas nos héroïnes pour leur faire porter des déshabillés qui portent décidément bien leur nom.


En fait, on a parfois l'impression que l'un des concepts phares de la série tient en l'ajout de l'adjectif "sexy" derrière toutes sortes de noms. Du coup, nos héros rencontrent des assassins sexy, des amazones sexy, des espionnes sexy, des androïdes gouvernantes sexy... Ajoutez aléatoirement des scènes où les héroïnes sont ligotées et vous obtiendrez Gen13 !


Toutefois, l'évolution des personnages ne se fait pas qu'au niveau de la sexualité. Chaque membre de l'équipe a droit à sa propre progression qu'elle se fasse en retrouvant une famille perdue ou en se dédiant à des causes écologistes ou féministes. Seul le personnage de Grunge n'évolue pas vraiment avant les derniers épisodes que j'ai pu lire et cette légère évolution arrive à point nommé pour sauver le jeune homme d'un ras-le-bol du lecteur. Ils apprendront à se respecter, à s'entraider et à former une vraie famille forgée à coups de pertes, de tragédies, de deuils mais aussi de moments de liesse et de bonne humeur communicative pour le lecteur.

Bien trop ancrée dans une époque où le skate et le punk rock étaient à la mode et où le mot "hipster" n'existait pas encore pour qu'une maison d'éditions contemporaine ne se décide à nous faire revivre les aventures de Gen13, je conseille néanmoins aux Sidekicks nostalgiques et adeptes des brocantes et autres bacs à soldes de tenter de rassembler un maximum de ses petites perles.


dimanche 2 juillet 2017

Comics Theory - (Something Like a) Femen-menon

Le quinzième épisode de Comics Theory est en ligne.

L'idée de parler de l'évolution de l'image des Femmes et du Féminisme dans les comics m'est venu après les lectures de Wonder Woman - Dieux et Mortels et de Bitch Planet.
C'est un sujet pas évident à traiter, mais - comme précisé dans la vidéo - je ne donne que mon opinion et je ne me considère pas comme un érudit donneur de leçons.
Bon visionnage !

dimanche 14 mai 2017

Ma PAL en PLS #2 - Free Comic Book Day 2017

Histoire de ne pas encore augmenter la hauteur de ma PAL, je me suis fait un peu de binge-reading sur mes acquisitions du Free Comic Book Day 2017.
 
18 mini-reviews en moins de 20 minutes, c'est possible ! Avec :
 

mercredi 12 avril 2017

Review : Phonogram - Ex Britannia (Glénat Comics)

Avant propos : Bien que Glénat ait sorti une version colorisée de Phonogram, j'ai eu du mal à trouver des images en couleur de Ex Britannia. Du coup vous aurez un peu de noir et blanc, mais sachez que les couleurs sont somptueuses
Merci
 
Commençons par dire ce que je finis toujours par dire dans ces cas là : Glénat s'impose définitivement comme l'éditeur qui nous propose les plus belles séries indés. Pourquoi je le répète ? Parce que j'attendais depuis des lustres l'arrivée de Phonogram dans nos étals de comic-shops. Pourquoi je l'attendais ? Parce que... je ne sais pas en fait... Ce comics m'a tellement parlé que le meilleur moyen de l'introduire c'est de vous citer son créateur, Kieron Gillen, qui nous dit dans l'introduction du volume :
"Ce comics décrit la manière dont l'art transforme les gens pour le meilleur et pour le pire."
 
Paie ta référence à This is Hardcore
L'histoire est celle de David Kohl, un phonomancien britannique bien plus intéressé par sa petite personne et par la musique que par le reste. Il se retrouve - contre son gré - chargé par une déesse d'une mission d'importance capitale. Des individus inconnus essaient de ramener à la vie Britannia - l'un des aspects de cette déesse dont on ne peut que supposer qu'elle est l'incarnation de la Musique - qui n'est autre que l'esprit de la Britpop, ce genre musical du début des années 90 qui nous a amené des groupes tels que Blur ou Oasis.
 
Peu enclin à s'accomplir de cette tâche de par les liens étroits qu'il a entretenu avec Britannia de son vivant, David se lancera tout de même dans cette quête après une rencontre avec le fantôme d'une ex - bien vivante - sur le pont de Severn Bridge où Richey Edwards des Manic Street Preachers a disparu en 1995 (disparition toujours inexpliquée à ce jour car, même si Edwards est déclaré mort depuis 2008, on a toujours aucune idée de ce qui lui est arrivé). Il entamera ainsi un voyage dans ses propres souvenirs pour comprendre qui peut bien vouloir ramener la Britpop du royaume des Ombres.
 
Phonogram est tout sauf facile à lire. Bien que je félicite le travail de traduction, son univers est si nébuleux qu'il peut paraître impénétrable au premier abord. Le parachutage du lecteur dans un monde établi où il ne comprend que trop peu les règles est déroutant. Que sont les phonomanciens ? Ou les rétromanciens ? Quels sont leurs pouvoirs ? Qui est cette déesse ? 
 
Et puis, on se rend compte que tout ce qui a trait à la magie importe peu en fin de compte. Comme dit plus haut, Phonogram parle de la relation à l'art. Peu importe que David soit une espèce de John Constantine de la musique, ce qui compte c'est qu'il est un personnage-vestige d'une époque révolue qui essaie de trouver sa place dans le monde moderne. Il est ici question de nostalgie. Dans son désir de revivre les jours de gloire de la Britpop, David en vient à aimer les groupes qu'il a toujours détesté à l'époque. Pourquoi ? Parce que quand vous aimez quelque chose qui est mort et enterré, vous n'avez plus rien de neuf à vivre alors vous cannibalisez le passé jusque dans ses recoins les plus sombres.
 
Et pour ce qui est des recoins, autant vous dire qu'on y va. Je n'irai pas jusqu'à me prétendre expert en musique, mais j'admets avoir pas mal de connaissances à ce sujet. Phonogram m'a appris l'humilité en me dévoilant tout une facette de la pop british dont je n'avais aucune idée. Je pouvais vous parler d'Oasis, des Manic Street Preachers ou de Blur pendant des heures, mais j'ignorais jusqu'à l'existence de Kenickie, Echobelly ou Afghan Whigs. On sent bien que Gillen a été journaliste avant d'écrire des comics et les anecdotes qu'il raconte sentent toutes trop la vérité pour être ignorées. D'ailleurs, même si je conçois que toutes ces références à des groupes, des albums ou des concerts vieux de vingt ans peuvent dérouter, sachez qu'il y a un glossaire à la fin de l'ouvrage (et une playlist à la fin de cet article)
 
Les dessins de Jamie McKelvie m'ont fait pensé à du Roy Lichtenstein sous influence pop 90's. Ces personnages ont beau être un peu raides, ils ont des expressions faciales parfaites. De plus les planches sont claires et aident à comprendre l'histoire.
 
En résumé, Phonogram est un pur album pour poseurs, ce que nous sommes tous, qui aiment se la raconter en soirée. Non, sans déconner. Vous pourrez passer pour un gros con - ce qu'est le protagoniste en fin de compte - qui sait tout sur la Britpop et qui aime étaler sa science devant les gens. Vous serez "un vrai connard. Mais pourquoi voudriez vous être autre chose ?"
 
NDLR : de mon côté, je vous propose une petit playlist de derrière les fagots et qui rassemblent les groupes et chansons dont s'abreuve l'ouvrage.

vendredi 15 avril 2016

Review : Rumble - La Couleur des Ténèbres (Glénat Comics)

Quand je vous disais que Glénat était l'éditeur à surveiller en ce moment... Après les claques que furent Evil Empire, Lazarus ou Ragnarök, j'attendais avec impatience ce premier tome de Rumble, série originale de John Arcudi et James Harren publiée chez Image Comics. Pourquoi ? Tout d'abord parce qu'Arcudi a été le fidèle complice de Mike Mignola sur nombre de séries du Hellboy-verse et parce que le pitch m'intriguait au plus au haut point.


A l'aube des temps, une guerre fit rage entre les dieux et les monstres. Invincible guerrier du camp divin, Rathraq fut capturé par traitrise lors des derniers jours du conflit et son âme dut attendre plusieurs millénaires avant de recouvrer sa liberté. Possédant le corps d'un épouvantail, le dieu vengeur revient aujourd'hui dans un monde déserté par ceux de sa race et dans lequel les monstres d'antan ont prospéré en secret au sein de la société humaine.


Encore empli de l'envie d'en découdre, Rathraq fera fi de sa nouvelle apparence et saisira de son épée pour retrouver les monstres et obtenir vengeance pour son triste sort. Son chemin croisera celui de Bobby, un jeune barman un tantinet loser, pour qui il se prendra inexplicablement d'affection.


Il manque peu de choses à Rumble pour être un chef d'oeuvre à vrai dire. Un scénario un peu plus original et une certaine régularité dans l'importance de ses scènes. En effet, le premier tiers de l'album se résume quelque peu à "Rathraq arrive, coupe un monstre en deux... et on enchaine sur une scène qui n'a rien à voir et qui va rester cryptique pendant encore quelques temps". Dommage quand tout le reste de la saga démontre un véritable potentiel.



Notamment dans le coup de crayon fluide et fuyant de James Harren. Sa galerie de créatures est, à n'en point douter, fascinante : hydres, démon de feu et autres créatures ailées ont un look original à la fois rétro et novateur. De même l'alternance entre les décors majestueux et mystérieux que l'on aperçoit dans les flashbacks de l'époque où les dieux foulaient la Terre s'opposent clairement aux immeubles délabrés et couverts de graffitis et au parc d'attraction tombé en décrépitude de notre monde actuel : ou comment une civilisation sur le déclin parait plus noble que celle qui est censée être à son apogée.



C'est justement dans ces contrepieds que même la thématique de l'album devient intéressant. J'ai trouvé le scénario aussi convenu qu'une blague des Grosses Têtes, mais Arcudi parvient néanmoins ça et là à disséminer un élément de surprise. La relation entre l'âme du noble guerrier qui cherche à récupérer son corps et le loser désabusé qui n'a pas plus envie que ça de trouver son âme ne s'orientent pas dans la direction à laquelle on peut s'attendre.


Sorte d'ode à une certaine noblesse de la violence, Rumble bénéficie néanmoins de dialogues dans lesquels l'épique le dispute à l'humour, notamment via le personnage de Del, le coloc redneck de Bobby qui se prend pour un Conan urbain dès que Rathraq rentre dans leur vie sans jamais pouvoir effacer sa bêtise crasse. De même la philosophie de comptoir de Bobby qui semble plus intéressé par sa vie amoureuse que par les découvertes qu'il a fait sur le monde qui l'entoure vaut son pesant de cacahuètes.


En conclusion, même si j'ai du mal à adhérer à 100% à Rumble, l'album démontre quand même que la série en elle-même mérite d'être suivie, ne serait-ce que pour savoir si ce terreau d'idées saura faire germer les graines de la grandeur qui y ont été plantées. Une information que je me ferais un plaisir de vous communiquer dès que j'aurais moi-même la réponse.

vendredi 8 avril 2016

Review : Big Man Plans (Delcourt)

Si vous retournez cet album, vous verrez la mention "Pour Lecteurs Avertis" dans son panneau rouge. A une époque où des enfants de 11 ans parlent sans aucune pudeur du dernier épisode de The Walking Dead dans lequel un personnage se fait déchiqueter par une meute de mort-vivants sous l'oeil concupiscent de la caméra ou demandent à leur gentille - bien qu'ignorante - maman de leur offrir le dernier tome de Kick-Ass, on pourrait penser que ce terme est galvaudé. Ne vous y trompez pas, Big Man Plans n'est pas du tout à mettre entre toutes les mains.
 
Mais on ne peut pas empêcher certains parents d'être des idiots...
C'est à peine remis de la lecture d'un treizième tome de The Goon qui prend véritablement aux tripes que je me suis lancé dans la lecture de cette mini-série en 4 épisodes signé Eric Powell, le papa du gros bras de Lonely Street. Cependant, si The Goon parvient à se ménager des moments d'humoir - noir, certes mais c'est si drôle - entre deux scènes de violence physique ou psychologique, il n'en est rien ici...


Prenez à un homme tout ce qui fait de lui un être humain : sa dignité, sa famille, son humanité et l'amour et vous obtiendrez notre héros : un nain qui - tout au long de l'histoire - n'aura pour seuls noms que les injures, les moqueries et les surnoms dont l'affubleront les gens "normaux". Orphelin dès l'enfance, il entrera dans une unité spéciale de l'armée où on lui apprendra à devenir une machine à tuer lors de la guerre du Viet-Nam.


Revenu à la vie civile, il restera un inadapté social jusqu'au jour où une lettre mystérieuse le ramènera dans son village natal pour une vendetta violente et sanglante dont les tenants et les aboutissants ne nous seront révélés qu'au compte-gouttes. Des flashbacks viendront également ponctuer cette effroyable et implacable vengeance, l'occasion de comprendre ce qui a fait de notre homme ce qu'il est aujourd'hui.

Car oui, c'est un homme. Bien que l'on retrouve l'obsession de Powell pour les monstres de foire dans Big Man Plans (et si vous connaissez le bonhomme et sa bibliographie, vous savez qu'il a pour les cirques et les freakshows un fétichisme particulier), il a toujours eu le plus profond respect pour les "erreurs de la nature". De la roulotte des curiosités biologiques de Billy The Kid et la Foire aux Monstres  à la petite fille à barbe de Chimichanga, il a souvent démontré que ces "monstres" étaient souvent bien plus humains que ceux qui s'amusaient à leur dépens.


Le propos ici, bien que similaire dans son idée de départ, prend une tournure tout autre quand le Nain comprend que le respect qu'il désirait tant est mort. Armé d'un marteau, il se livrera alors aux pires exactions qu'il m'ait été donné de voir dans les pages d'un comic-book : membres (et vraiment tous types de membres) tranchés, mâchoires arrachées, immolation, scalps... Chaque exaction, chaque scène de nudité ou de violence est décrite sans aucune pudeur dans les planches d'Eric Powell (qui illustre son récit) dont le coup de crayon si caractéristique gagnerait décidément à être enfin reconnu comme celui d'un des plus grands artistes de la scène comics.


Il y aurait sans doute encore beaucoup de choses à dire sur Big Man Plans, mais je pense que c'est tout à chacun de les découvrir. Un grand merci à Delcourt pour cette perle de noirceur, ce pamphlet pour le respect qui vous frappe comme un grand coup dans les valseuses et dont la lecture ne peut laisser personne indifférent.